25/01/2026
Fondation Jacques Rougerie - Académie des beaux-arts Bouleversé par la vie en ville, étouffé par le béton et le tumulte, Jack, ancien chercheur marin, décida de tenter une dernière expérience.
Non plus pour observer la mer… mais pour y demeurer. Définitivement.
Dans la poche de sa veste froissée, un prospectus dormait depuis des semaines. Une feuille de papier improbable à l’ère des écrans, annonçant un projet extravagant : un habitat marin, une île flottante qui promettait un mode de vie nouveau, presque utopique.
Jack, qu’aucune aventure ne surprenait plus après avoir tenu soixante-dix jours sous l’eau — un record mondial, resta pourtant intrigué. Les technologies évoquées, les promesses d’autonomie, la simplicité du coût… Tout semblait à la fois trop beau et trop réel. Était-ce une expérience, une illusion, ou une arnaque bien ficelée ? Peu importait. Il était prêt à tout risquer pour quitter la terre ferme.
L’adresse le mena devant un immeuble banal, sans éclat. Les habitants entraient et sortaient, lui jetant ce regard de compassion qu’on réserve aux rêveurs en déroute. Jack sentit l’espoir l’abandonner : sans doute n’était-ce qu’un piège, un de ces faux prospectus distribués dans la rue. Le papier, froissé entre ses mains, finit sa course au sol.
C’est alors qu’une jeune femme apparut.
Elle ramassa la feuille, s’avança vers lui, et sans un mot, la lui rendit.
Troublé, Jack s’excusa et, comme le font parfois les vieux marins, se mit à raconter son histoire — un flot de souvenirs déversés comme à un inconnu croisé par hasard. La jeune femme, amusée, sourit. Puis, contre toute attente, lui prit la main et l’entraîna à l’intérieur.
Elle s’appelait Hana. Directrice générale de l’entreprise à l’origine du projet. Pour elle, il était inutile de gaspiller des terrains sur la côte pour installer des bureaux : son siège se cachait dans cet immeuble anonyme, modeste, presque invisible.
Un ascenseur grinça, s’ouvrit sur un espace encombré de plans, de maquettes et de schémas. Deux personnes, absorbées par leurs écrans, ignoraient tout de l’arrivée de Hana et de son invité. Même le chat, lové contre un tas de dossiers, semblait prisonnier de ses rêveries.
D’un geste, Hana libéra une chaise et invita Jack à s’asseoir. Sans détour, elle déroula sa présentation.
Ce qui surprit Jack fut la précision avec laquelle elle connaissait son parcours. Comme si sa vie entière avait déjà été étudiée, intégrée, anticipée.
Sur la table, elle posa les plans d’un module.
L’Octopus Habitat.