11/05/2026
 J’avais envie de vous partager Ce soleil de la semaine de Fabrice Midal . Car je vis depuis ma plus tendre enfance de cette puissance de la douceur. À ce jour, j’invite le lieu de vie à incarner cette douceur
« La douceur
Que vaudrait la douceur
si elle n’était capable,
tendre et ineffable,
de nous faire peur ?
Elle surpasse tellement
toute la violence
que, lorsqu’elle s’élance,
nul ne se défend.
Rainer Maria Rilke, Vergers
Ce texte renverse complètement notre manière habituelle de comprendre la douceur. Nous la pensons spontanément comme quelque chose de faible, de rassurant, de presque décoratif, une qualité agréable mais secondaire. Or, Rilke nous montre que la douceur est une puissance redoutable. C’est précisément cela qui est très beau dans ces vers : ils montrent que la vraie douceur n’est jamais mièvre.
« Que vaudrait la douceur / si elle n’était capable […] / de nous faire peur ? »
La question est décisive. Une douceur qui ne troublerait jamais, qui ne désarmerait rien en nous, ne serait qu’une politesse émotionnelle.
La véritable douceur atteint quelque chose de beaucoup plus profond : elle nous expose. Elle nous retire nos protections. Elle nous rend vulnérables.
C’est pourquoi elle peut faire peur.
La violence, au fond, est souvent plus simple à affronter. Face à elle, nous savons que faire : résister, fuir, répondre, nous contracter.
La violence appelle immédiatement une contre-force. Elle organise le monde selon des positions claires.
Mais la douceur authentique agit autrement. Elle ne combat pas frontalement. Elle entre. Elle traverse. Elle désarme sans attaquer.
« […] lorsqu’elle s’élance, / nul ne se défend. »
C’est probablement le cœur du poème. La douceur véritable suspend les mécanismes de défense. Non parce qu’elle domine, mais parce qu’elle atteint une zone plus profonde que le conflit lui-même. Elle touche cet endroit en nous qui précède la cuirasse.
On retrouve ici quelque chose de très ancien, presque spirituel : l’idée que ce qui est le plus délicat peut être aussi le plus puissant.
Dans la pensée taoïste, par exemple, l’eau est plus forte que la pierre parce qu’elle ne lutte pas contre elle.
Chez certains mystiques aussi, la douceur n’est pas faiblesse : elle est une intensité qui ne passe plus par la brutalité.
Le poème dit aussi quelque chose de très juste: beaucoup d’êtres humains supportent mieux la dureté que la douceur réelle. Parce que la dureté confirme les défenses auxquelles ils sont habitués.
La douceur, elle, menace parfois toute l’organisation intérieure construite pour survivre. Être accueilli sans violence, être regardé sans jugement, être aimé sans emprise, cela peut devenir profondément déstabilisant.
La douceur n’est donc pas l’opposé de la force. Elle est une force plus profonde que la violence elle-même.
Une force qui n’écrase pas, mais qui ouvre.
Une force devant laquelle les armures deviennent inutiles. »
H’Art monieusement .
Avec tout mon amour
Nathalie 🙏💝