30/11/2025
Bonjour tout le monde.
Aujourd'hui, suite de la série des problèmes sur les marchés de Noël avec l'ép*sode 2 : pourquoi les événements sont en déchéance en France ? Déjà, définissons ce que j'entends par événements :
Ce sont les marchés de Noël, les marchés artisanaux, les Journées européennes des métiers d'art (JEMA), les marchés médiévaux, les foires, que ce soit dans une petite ou une grande ville, bref, tout événement normalement destiné aux professionnels (ce qui exclut donc les vide-greniers par exemple, et les brocantes, seuls événements où sont autorisés les particuliers, sous conditions).
Pour expliquer au mieux le sujet, on va devoir remonter le temps et revenir petit à petit à notre époque, pour voir "l'évolution"...
Il y a encore 10/15 ans, pour la majorité des cas, un événement avait principalement pour but de faire vivre la ville, parfois le village où il se passait, parfois, on le faisait aussi pour perpétuer une tradition (on connait tous une foire au vin qui existe depuis 40 ans), ou pour une bonne cause (j'ai déjà vu pour faire une levée de fond pour un enfant malade du village). C'était un événement convivial, souvent avec un cortège de visiteurs habitués. Ce n'était pas un simple événement, c'était une fête, comme un anniversaire qu'on attend depuis 6 mois. Ça devait être une réussite, pour pouvoir continuer l'année prochaine, pour le prestige de l'événement, et pour la satisfaction d'avoir réussi à faire un événement.
Ça, c'est l'état d'esprit du marché de base, tel qu'on le voyait dans la majorité des cas (majorité car oui, déjà tout n'était pas joli, mais c'était encore très minoritaire).
Bien entendu, il y avait déjà la notion de rentabilité. On ne va pas se mentir, organiser un événement qui vide les caisses de l'association/comité des fêtes et provoque sa dissolution est absurde, il faut que tout le monde y gagne quelque chose.
Ainsi, quand je parle de concept de rentabilité, on peut me répliquer que l'organisation d'un événement engendre des frais. Oui, c'est vrai. Très souvent des bénévoles qui ne sont pas défrayés, qui passent pour certains des heures, voire des jours à bo**er sur un événement, une logistique à prévoir, des panneaux à afficher, de la pub, de la com, c'est beaucoup de boulot il est vrai ! Mais il y a une différence entre faire en sorte de ne pas perdre d'argent quand on crée un événement, en gagner un peu pour aider les prochains événements, faire une caisse de fonds en cas de coup dur, et vouloir en gagner le plus possible. Juste ça, il faut que la caisse soit à fond à la fin, pas d'autre objectif, tant p*s pour le reste. Ainsi, en prenant les deux extrêmes, d'un côté on a des organisateurs dévoués, faisant de leur mieux pour la réussite de leur événement, parfois à leur dépends économique malheureusement, et de l'autre, des organisateurs pour qui la réussite de l'événement est secondaire, la priorité étant la rentabilité de l'événement, voire le simple fait de pouvoir dire qu'ils ont organisé un événement.
Du coup, comment on rendait cela rentable en s'auto-finançant ? Globalement, vous aviez plusieurs solutions, parmi les plus fréquentes :
1) Faire payer les exposants pour venir, après tout, les exposants ont besoin de faire des événements pour continuer leur activité, donc normal qu'ils participent aux frais.
2) Tenir une buvette ou un stand de nourriture sur le salon. Ça peut rapporter pas mal, assez facilement si on sait comment s'organiser.
3) Organiser une tombola. Une bouteille de vin, un jambon, quelques bricoles, une valeur sure si on a assez de visiteurs.
4) Inclure un spectacle (concert, feu d'artifice, etc.). Ça fait venir encore plus de monde, mais faut le financer, donc deux solutions. Soit on fait par exemple un événement où il faut payer sa place à l'avance, et on annule si on ne le rentabilise pas, soit on tente le truc grâce à la participation des exposants et on fait le bilan après en croisant les doigts.
5) Minimiser les dépenses. Pas besoin de prévoir de logistique si on demande aux exposants de ramener leur propre matériel. Le terrain où s'organise l'événement peut être un terrain en extérieur (champ, stade, place du village, etc.) ne nécessitant pas de frais spécifique.
6) Et si on faisait payer l'entrée aux visiteurs ? Pourquoi pas, cela peut être justifié car il y a un spectacle, des prestations, des artistes à payer, des animations, etc.
Jusqu'ici, ça va encore, c'était raisonnable. La majorité des événements jouait encore le jeu et on s'en sortait sans trop de casse. On passe d'une fête d'anniversaire à "si on peut gagner un peu plus, pour assurer l'année prochaine en cas de coup dur, ça sera bien". Tout à fait compréhensible.
Puis, petit à petit, le concept de rentabilité a évolué et c'est là que la situation commence à dégénérer. On était déjà sur la mauvaise pente, le ver de la rentabilité était dans le fruit.
C'est alors qu'est arrivé la période COVID, notamment les confinements.
Qu'est-ce que ça vient faire dans ce problème me direz-vous ?
Eh bien, littéralement, des dizaines de milliers de français en confinement, qui ne savaient pas quoi faire de leur temps libre imposé. Beaucoup se sont découvert une passion pour le bricolage, le jardinage, ou pour "l'artisanat de garage"... (Comprenez : les personnes qui se sont dit "tiens, il y a une mode sur Tiktok, on va acheter des trucs Ali Express, les maquiller un peu, et on revend en disant qu'on est des artisans.) Attention, je ne parle pas ici de personnes qui se sont découvert une âme d'artisan et le sont devenues officiellement.
D'autres s'ennuyaient dans leur petit village et la mode étant de prévoir la libération des confinements avec des fêtes de quartiers, du coup, pourquoi ne pas faire un comité des fêtes, ou une asso ?
Et c'est donc comme ça qu'à la fin des confinements, on s'est retrouvé avec des dizaines de nouveaux comités des fêtes qui voulaient tous organiser des foires, marchés artisanaux et marchés de Noël, et surtout, être rentables. De préférence très rentables.
Vous voyez l'iceberg du problème à l'horizon ? Mais ce n’est pas fini.
Une grande majorité de ces nouveaux organisateurs n'avaient pas non plus l'expérience pour réussir leurs événements, et malgré toute la bonne volonté de certains, ça peut prendre du temps pour être rodé à ce genre d'exercices.
Donc, à ce moment-là, on se retrouve avec des dizaines et des dizaines d'événements, toute l'année, souvent mal organisés (pas de pub, de communications, pas de connaissances des textes législatifs, etc.).
Un exemple : la première semaine d'août, dans ma région, sur un seul site internet de recensement d'événements, on recensait, le même jour, 12 marchés artisanaux dans un rayon de 40 kilomètres. Je ne vous cache pas qu'il y en avait surement plus, car beaucoup ne sachant pas (ou n'ayant pas l'envie) de faire de la com, je n'avais pas la liste de tous les événements de ce jour-là.
Petite pause dans le déroulement de la situation pour faire le bilan, on est à ce moment-là dans une période qui cumule des dizaines d'événements sur les mêmes périodes, regroupant d'un côté des événements cherchant la rentabilité au maximum, et dans la grande majorité, souvent inexpérimentés et de l'autre côté, des événements sérieux, organisés, sélectionnant les exposants sur le volet, mais malheureusement devenus minoritaires.
Maintenant, en reprenant les points de plus haut, on notera une évolution dans les cas visant la rentabilité (les autres étant restés au format classique) :
1) Toujours faire payer les exposants pour venir. Après tout, les exposants ont besoin de faire des événements pour continuer leur activité surtout après les confinements, donc, normal qu'ils participent un peu plus au frais. On leur rappellera que sans le salon, ils ne vendront plus, donc on augmente le prix des places. Dans les cas extrêmes, on peut aussi leur imposer un dress code, par exemple, au prétexte d'unifié les stands, on leur interdit de ramener leur matériel, mais on pourra heureusement leur louer le nôtre. (Certains poussent le truc et nous louent une chaise 5 euros la journée…). Mieux, les faire payer pour le plus de trucs possibles ! Electricité, place de parking, participation financière au balayage du stand à hauteur de 3,60 euros le m²…
Dans le genre, un des premiers événements pros où j'ai postulé a été un mini-scandale quand les exposants ont appris que l'électricité qu'on leur facturait 30 euros par jour était censée être gratuite car la mairie avait offert aux organisateurs de prendre la facture à leurs frais, pour aider l'événement.
Je ne vous cache pas qu'à partir du moment où un événement coûte à un exposant plusieurs centaines d'euros, il peut être tenté de répercuter cette dépense sur le prix de vente de ses produits…
2) Tenir une buvette ou un stand de nourriture sur le salon. Et surtout, en faire une priorité. L'annonce du marché artisanal fait venir les gens, ils dépensent à la buvette, tout va bien. A ce stade, on utilise le prétexte d'un salon artisanal pour les faire venir, et pour ça, il faut plein d'exposants pour faire venir plein de visiteurs. Les petits malins penseront à mettre les stands des exposants dans une rue orientée plein sud, en plein soleil au mois d'août par 35°, et la buvette qui sera le seul endroit du marché à l'ombre, juste en face, dans un parc ombragé. Les visiteurs voulant un peu de frais iront d'eux-mêmes à la buvette ! (Ce marché a été la seule fois de ma vie où j'ai choppé une insolation.)
3) Organiser une tombola. Une valeur sure si on a assez de visiteurs. Donc, il faut plein de visiteurs. Il y a quelques années, la place au salon était gratuite, mais on demandait aux exposants d'offrir un lot à la tombola, mais puisque ça va mal pour eux, et que de toutes façons, ils n’ont pas le choix, on va leur exiger les deux ! Ils paient leur place ET ils nous donnent des produits qu'on mettra à vendre via une tombola. Rentabilité ! Et s’il n’y a pas de visiteurs, pas grave, on a déjà payé tous les frais avec les inscriptions et en plus, si tous les lots ne partent pas, on a des produits gratos pour la prochaine tombola organisée pour les organisateurs ! Mais c'est génial !
Vous trouvez cela exagéré ? J'ai vu pire, j'ai été invité il y a quelques temps sur un salon où il était exigé qu'en plus de ma place (de l'ordre de 200 euros) je cède non pas un, mais deux produits. Déjà là, ça fait beaucoup. Mais ces produits, ce sont les organisateurs qui viennent à mon stand les choisir. C'est dans le contrat signé dans le règlement de l'événement. Donc, si j'accepte ses conditions, si les gars veulent 2 produits d'une valeur de plusieurs centaines d'euros chacun, ils les prennent. Gratuitement. Et vous voulez connaître le clou du cercueil ? Ce n’est pas pour une tombola. C'est pour une vente aux enchères, dont les bénéfices iront au comité des fêtes. Je ne sais même pas si c'est légal. (Dois-je préciser qu'ils se sont passés de moi pour cet événement ?)
4) Inclure un spectacle (concert, feu d'artifice, etc.). Ça fait venir encore plus de monde, mais faut le financer. Donc, les deux solutions toujours existantes : soit on fait par exemple un événement où il faut payer sa place à l'avance, et on annule si on ne le rentabilise pas, soit on met un peu plus à contribution les exposants… Mais il y a aussi la solution 3 ! Et si on trouvait un groupe local, artiste ou autre, et qu'on leur demandait de venir gratuitement pour qu'ils se fassent de la pub ? Et ceci, même si on a le budget pour les payer : gratuit, ce n’est pas cher ! N'oublions pas de faire payer les exposants un peu plus si c'est un spectacle ou une animation en soirée. Après tout, ils vont en profiter aussi. Ou pas. Exemple vécu : un salon artisanal de 9 h à 20 h. Pratiquement aucun visiteur de la journée. On apprend qu'il va y avoir un spectacle le soir même. On nous coupe l'électricité à 20 h pile pour qu'on remballe vite, car il y a un feu d'artifice à 22 h, payé en partie grâce aux exposants venus la journée. Le seul truc restant est… la buvette. En tant que visiteurs, vous avez 3 solutions :
a) Vous venez au marché artisanal dans la journée, et revenez voir le feu d'artifice la soir.
b) Vous venez au marché artisanal dans la journée, puis, à 20 heures, tout le monde remballe, mais vous attendez à côté de la buvette le début du spectacle 2 heures plus t**d.
c) Vous venez directement à 22 h.
5) Minimiser les dépenses. Pas besoin de prévoir de logistique si on demande aux exposants de ramener leur matériel, c'est la base, jusqu'ici c'est normal. Mais on peut pousser encore un peu ! Pas besoin de com’ si vous misez sur les exposants pour rentabiliser votre salon du fait du paiement de leur place, et puis, après tout, ils connaissent du monde et feront venir leurs clients à votre événement pour vous ! Pas besoin de panneaux indiquant l'événement si on peut faire un post sur Facebook, et c'est encore mieux si ce sont les exposants désespérés qui les font eux-mêmes sur un bout de carton ! C'est comme ça qu'on arrive à se retrouver sur un salon où au bout de 9 heures, vous avez eu moins de 200 visiteurs pour tout l'événement, et qu'on vous dit "Rhooo ça va, ce n'est pas si grave, et en plus, souvenez-vous qu'on vous a offert un pain au chocolat ce matin !".
6) Et si on faisait payer l'entrée aux visiteurs ? Comme dit plus haut, c'est parfois justifié, car il y a un spectacle, des artistes à payer, des animations, et on peut parfois être sur un terrain dans une structure louée pour l'occasion, etc. Mais que dire lorsque les animations sont déjà payées par les exposants ? Ou bien, quand il n'y a juste pas d'animation ? Est-ce que vous avez déjà pris conscience du fait que parfois, sur certains événements, vous, visiteurs, vous payez pour venir voir des exposants qui ont payé pour être là, sur un terrain (parfois carrément un espace public, comme un champ, ou un stade) ou un espace privé qui a été prêté gratuitement par le propriétaire ?
Je ne compte plus les fois où un visiteur m'a dit "Je vous aurais pris bien ceci, mais j'avais un budget restreint et les billets d'entrée pour moi, ma femme et les deux enfants ont trop entamé le budget, on devra se contenter d'une crêpe et d'un café... à la buvette." Le tout sur un salon sans com (affichage, panneau, etc.) où l'animation était gratuite (les artistes étant payés en "visibilité"), avec 70 exposants qui ont chacun lâché au moins 50 euros sur un terrain privé appartenant au président de l'association, et une billetterie à 9 euros pour un adulte.
Certains organisateurs choisissent un seul de ces points pour leur événement, d'autres en cumulent plusieurs mais en version allégée, quelques-uns en demandent le maximum. Les meilleurs restent sur l'ancien modèle.
Mais ce n’est pas fini. Maintenant, il va falloir bien suivre, parce que le combat se déroule sur 2 fronts :
1) La rentabilité,
2) La réussite de l'événement.
Vous noterez qu'il s'agit-là de deux choses différentes, et on peut avoir l'un mais pas l'autre, ou les deux, ou aucun des deux. Pourquoi ? Parce que, actuellement, pour beaucoup d'événements, la rentabilité ne dépend pas de leur organisation, de la com, ou même du nombre de visiteurs ! Le palier de rentabilité est parfois atteint avant le début de l'événement.
Je vous ai dit tout à l'heure qu'on faisait payer les exposants pour venir aux événements. Certaines personnes ne le savent pas. On paie pour venir travailler. Sur les plus petits salons (genre une petite fête locale d'une ville de 500 habitants), on nous demande le plus souvent 20 euros minimum, suivant la taille de votre stand. Parfois la place est gratuite ou presque, mais c'est malheureusement de plus en plus rare. Un marché artisanal, c'est en moyenne 50 euros. Une place dans une grande ville (genre Troyes) peut monter jusqu'à 200 euros le mètre de stand (la moyenne étant de 3 mètres linéaires et 9m²).
Donc là, exemple concret de recherche de rentabilité dans une petite ville (1000 habitants) qui organise son 4e marché artisanal de l'été, qui tombe en même temps que 5 autres salons dans un périmètre de 30 km. Ils demandent 50 euros à chaque exposant, parce que c'est eux qui permettront de compenser tous les frais (s'il y en a eu ! En effet, à ce stade, la com, la pub, tout est optionnel. Au contraire, leur absence augmente la rentabilité !).
10 artisans seulement répondent à l'appel. Ça fait seulement 500 euros dans les caisses, ça rentabilisera les frais d'investissement de la buvette, on s'en sort en positif. Mais ça ne fera pas venir beaucoup de monde, faut faire plus gros que les voisins, mais comment faire venir plus de visiteurs… Idéalement sans trop se fatiguer et sans dépenser ? Il faut plus d'exposants ! Vous vous souvenez des gens qui ont découvert l'artisanat dans leur garage pendant les confinements ? Ceux qui n'ont pas besoin de se déclarer parce qu'après tout, vendre au black des trucs dangereux, ce n'est pas bien méchant, sinon, ça serait interdit hein ? Eh bien… on va les accueillir, après tout ce n'est pas grave s'ils ne sont pas déclarés, ça fait 50 euros par tête ! Si vous vous souvenez de mon précédent post, vous comprenez maintenant pourquoi on arrive à 60 % de personnes non déclarées sur certains marchés de Noël… On arrive donc à 40 exposants, 2000 euros dans la caisse.
Ensuite, on peut combiner les événements ! On organise un marché gourmand (alimentaire) et artisanal (avec des vrais artisans... ou pas) avec option brocante et vide-greniers.
Du coup, pour beaucoup, c'est devenu une guerre froide avec les villes voisines. Pour gagner plus, il faut faire plein d'événements, avec plein d'exposants qui paient leur place, et éventuellement plein de visiteurs pour la buvette.
Parce que oui, à ce stade, ce qui compte, ce n'est pas la réussite de l'événement en termes de visiteurs, ou le chiffre d’affaires des artisans (première fois que j'en parle, intéressant hein ?). A ce stade, c'est la buvette. Et toujours un seul mot : Rentabilité.
J'ai un exemple précis en tête d’un marché de Noël, température négative toute la journée, pas de panneau, de pub ou de com, quelques dizaines de visiteurs seulement, et le café (fait à la Senseo) était vendu 3 euros 50. Et on n’était pas dans une grande ville.
Autre exemple cette fois sur la réussite :
En 2024, j'ai participé à un gros événement (les JEMA, un truc normalement assez gros) qui fut pour moi et les autres exposants présents un flop retentissant, un truc inimaginable. 168 visiteurs le premier jour. On nous a juste fait comprendre que l'intérêt de l'événement, c'est de pouvoir compter un événement de plus pour le titre "petite cité de caractère". Je me souviens d'un food truck qui avait été appelé pour l'occasion et qui, à la fin des deux journées, a donné aux exposants des sacs de nourriture invendue pour ne pas avoir à les jeter en rentrant ! Pour 2025, je n'ai pas fait les JEMA, parce qu’en addition au problème de 2024, on a demandé aux organisateurs de payer 60 euros pour créer l'événement (somme que certains organisateurs ont répercuté sur les exposants). Et pour ceux qui ne venaient pas, on nous a demandé de payer 15 euros pour pouvoir dire que notre atelier était ouvert au public. Le mien est ouvert toute l'année, la visite est gratuite, mais ce jour-là JE devais payer pour faire visiter gratuitement l'atelier aux gens qui voulaient découvrir à quoi ressemble un petit atelier de forge coutellerie. Rentabilité. L'édition 2025 des JEMA a perdu environ 35,5 % d’artisans sur ses événements comparés à 2024 (ils sont passés de 7175 exposants à 4631). On verra pour 2026.
A l'heure actuelle, il y a une mode qui commence à apparaitre pour les salons de 2026. Lisez bien, ce n'est pas une blague. Pour certains, il est normal de faire payer la place (pour rentabiliser la création de l'événement), de gagner un peu plus en faisant une tombola, mais comment gagner encore plus si l'événement fait un carton ? Eh bien c'est simple ! En exigeant un pourcentage sur le chiffre d’affaires de l'exposant. Oui, tout simplement. Rien à perdre, tout à gagner ! Deux méthodes maintenant : soit on contrôle à la fin de l'événements votre facturier, pour savoir ce que vous avez vendu, et on prend la commission, soit, vive la technologie, en imposant un terminal de paiement aux artisans ! Pas le droit de payer par chèque ou en espèces, tout passe par le terminal de paiement de l'organisation qui vous reversera le montant de vos ventes, moins leur commission.
Donc, nouveau bilan de la situation :
On est donc là dans un concept où beaucoup d'événements se multiplient à un point où les artisans ne peuvent pas suivre la cadence, donc on gonfle sciemment les rangs des exposants de façon illégale et immorale. Le but est de gagner un maximum sans se fatiguer. Reste un dernier objectif :
Comment prendre l'avantage sur les voisins ?
Eh bien là, c'est très simple. Vu que dans ce cadre de gestion la mise en place d'un salon ne coûte parfois rien, faites-en un maximum ! N'importe quand ! Et quand c'est un marché à thème (fête de Noël) faites-le AVANT les voisins, pour que les visiteurs qui ont un budget limité le dépensent chez vous et pas chez eux. Si le village d'à côté organise un marché de Noël sérieux le 14 décembre, avec 40 exposants pro faisant un travail de qualité, comment prendre l'avantage ? Organiser un truc à la va-vite le 7 décembre, annoncer 80 exposants, et pas grave si les deux tiers sont douteux. Mais du coup, un autre voisin va lui aussi faire un marché avant vous... Ce qui nous amène au prochain problème :
La saturation. Trop d'événements, des événements sur tout, partout, tout le temps.
J'apporte maintenant une petite précision. Les villes et événements prochainement cités le sont à titre d'exemple pour illustrer le phénomène de saturation. Je ne connais personnellement pas la majorité de ces marchés en termes de qualité, et je n'ai aucune idée du sérieux des organisateurs, mais ils illustrent parfaitement une partie du problème mentionné, de par les dates et la récurrence. J'ai cherché quelques minutes une source documentée, et l'un des premiers de la saison des marchés de Noël de cette année, c’est le marché de Saint-Dié-des-Vosges (environ 20 000 habitants) qui a commencé le mercredi 5 novembre et a lieu tous les vendredis, samedis et dimanches jusqu'au 21 décembre 2025 où il terminera avec les 22/23/24 décembre. J'ai compté, ça fait 24 jours de marché de Noël. Dans une seule ville. (Source : https://www.explore-grandest.com/magazine/les-marches-de-noel-du-grand-est/). Le record de date est tenu à ma connaissance par Cros-de-Cagnes qui a ouvert la saison des marchés de Noël le 1er novembre. (https://parentcool.fr/evenements/marche-aux-santons-du-cros-de-cagnes/)
Ça vous dirait de voir ce que ça donne à Dijon ?
Alors, Dijon en 2025, c'est un marché de Noël annoncé tous les jours, du 29 novembre au 4 janvier. Soit 36 jours de marché de Noël. Mais, comme dit précédemment, chaque association ou comité peut faire un truc de son côté aussi. Même si c'est dans la même ville. Juste dans un autre quartier, ou au bout de la rue. J'ai déjà fait un marché de Noël un dimanche, toute la journée, où au moment de remballer, on a vu des exposants arriver et s'installer au bout de la rue où nous nous trouvions. La cause ? Une autre association organisait un deuxième marché de Noël qui commençait lorsque le nôtre s'arrêtait. La logique aurait été que les deux événements soit fusionnés, de prendre tout le monde et de faire un gros événement, ça aurait été bien, mais… chacune des associations était convaincue qu'elle aurait plus d'exposants que l'autre et que par conséquent, elle sortirait perdante d'un travail en coopération car cela aurait induit un partage des bénéfices.
Bref, revenons à Dijon. Donc, en plus de ces 36 jours, vous avez :
- le marché de Noël 100% Côte d'or (13 et 14 décembre),
- Marché de Noël Maladière (3 décembre),
- Marché de de Noël de l'église Sainte Jeanne (29 et 30 novembre)
Je ne parle même pas des animations et spectacles sa rajoutant aux événements type "marché de Noël".
Au début de mon pavé, je parlais d'un événement convivial, un événement qu'on attendant depuis 6 mois. Est-ce que c'est toujours le ressentie qu'on a ? Où est l'intérêt d'aller à un marché artisanal/de Noël aujourd'hui, quand il y en a eu 3 la semaine dernière et qu'il y en aura 5 la semaine prochaine ?
J'ai mentionné Dijon pour l'exemple, mais comme je l'ai dit plus haut, les autres villes font la même chose. Donc je rajoute maintenant ce que je trouve en 10 minutes, comme événements "marché de Noël" dans un rayon de 15 km autour de Dijon sur la période 29 novembre au 4 janvier :
- Ahuy, 29 et 30 novembre,
- Arcelot 6 et 7 décembre,
- Arc-sur-Tille 14 décembre,
- Asnières-les-Dijon 21,22,23,28,29 et 30 novembre,
- Chenove 12 décembre,
- Couchey 7 décembre,
- Courtivron 13 décembre,
- Marcenay-le-bois 5 décembre,
- Marsannay-la-Côte 30 novembre,
- Plombières-les-Dijon le 6 décembre,
- Saint-Apollinaire 29 novembre.
10 minutes montre en main, sur un seul site de référencement. Cumulé, ça nous donne un total de 59 jours de marché de Noël, sur une quinzaine de lieux différents. Précision supplémentaire, au moment où j'écris ce texte, on est le 25 novembre : tous les événements ne sont pas encore publiés, le nombre sera surement plus élevé d'ici quelques jours.
En été, c'est le même problème, ce n'est pas limité à la période des fêtes de fin d'année.
Vous noterez que je n'ai même pas évoqué le fait qu'on est en crise économique et que les gens ont pour la plupart un budget très limité. Une analyse économique, même partielle de cette situation, doublerait la taille de ce texte déjà bien long. Rajoutons à cela le sentiment d'insécurité anxiogène sur les événements (même si parfois injustifié) dû aux facteurs externes (vol, agression, attentats...).
En conclusion, je pense qu'on peut estimer que les événements sont de plus en plus boudés par les visiteurs en tant que clients car :
- une majorité des événements n'accorde plus d'importance au sérieux ou à la qualité des exposants. Cela implique souvent la présence d'exposants revendeurs de camelote Ali Express en surnombre, et parfois de plusieurs exposants (déclarés ou pas) revendant exactement les mêmes produits. Exemple : un événement annoncé comme artisanal de 30 exposants qui regroupe 3 vendeurs de parfum, 8 vendeurs d'objets en résine et 4 de bougies parfumées.
- Des événements, qui pourraient être plus gros et avoir un potentiel intéressant, découlent du refus de coopérer ou s'organiser avec les villes voisines/associations locales/comités. On verra donc naître non pas un gros événement, mais 3 petits potentiellement le même jour, chacun faisant tout pour être le plus gros, quitte à sacrifier la qualité de l'événement.
- Il y a un manque d'organisation, de communication / publicité, ainsi que de connaissances sur les bases de l’organisation (j’ai vu un marché où les organisateurs avait oublié de prévoir un parking pour les visiteurs qui ne pouvaient tout simplement pas se garer à moins d'un km de l'événement), ainsi que sur le plan légal tel que déclaration de l'événement à la préfecture, fermeture de la circulation dans les rues où les exposants et visiteurs se situent…
- On assiste à une saturation du nombre d'événements, tout le temps, pratiquement toute l'année. On devient lassé de la fréquence d'événements.
- On a des prix parfois élevés sur les stands d'artisans, qui ont la nécessité de compenser le prix de leur emplacement, et globalement de tout le reste.
- Il y a une perte de confiance dans les artisans professionnels, due à la confusion entre les professionnels et les particuliers se faisant passer pour pro, les personnes sérieuses en termes de qualité et les escrocs / fabriquant / revendeurs / etc.
On pourrait croire que les petits salons ayant peu de moyen sont les plus représenté par les problèmes que j'ai cités, eh bien détrompez-vous. C'est totalement indépendant de la taille et de la localisation de l'événement. Exemple, tout en restant à Dijon :
https://www.bienpublic.com/faits-divers-justice/2024/06/22/plusieurs-bourguignons-arnaques-par-un-artisan-lors-de-la-foire-de-dijon
https://www.bienpublic.com/culture-loisirs/2024/10/21/foire-de-dijon-90-000-d-amende-pour-un-patron-quebecois-fraudeur
Voilà ou on en est.
Alors, après ce pavé, il est possible que vous pensiez que les événements sont tous pourris jusqu'à la moelle. Ce n'est pas le cas. Il en existe encore de très bons, respectueux à la fois des visiteurs et des exposants. On en a encore qui vérifient le SIRET des exposants, s'assurent de leur sérieux et de leur professionnalisme. J'ai déjà eu des organisateurs qui sont venus à mon stand lors d'un événement, ou carrément à mon atelier, parce qu’ils voulaient voir d'eux-mêmes ce que je faisais avant de m'inviter à l’un de leurs événements. C'est bon de préciser qu'il reste encore des organisateurs qui se veulent sérieux et ont une bonne mentalité. Le problème est qu'ils deviennent une minorité noyée dans la masse, et que beaucoup de gens ne savent pas comment les différencier des autres. Pour enfin citer un exemple d'événement positif, je vous parlerai de la fête de l'automne à Leuglay qui pour moi est une référence en termes d'organisation, de respect des exposants et des visiteurs, tout en ayant une mentalité comme on voudrait en voir plus souvent. A l'occasion, je vous reparlerai de cet événement tel qu'on le vit de l'intérieur en tant qu'exposant, et vous verrez que c'est à l'opposé des problèmes mentionnés plus haut.
Un dernier petit mot aux éventuels organisateurs qui liraient ce long pavé. Si vous vous sentez blessés par ce que j'ai écrit, alors, c'est que vous êtes probablement dans la mentalité d'il y a 10/15 ans, celle que beaucoup d'artisans aimeraient revoir et que du coup, vous n'êtes pas concernés par les problèmes que j'ai mentionnés. Donc ne vous sentez pas visés. A vous de faire en sorte de continuer à garder le cap pour ne pas sombrer du côté obscur. Si un jour vous avez des questions, ou juste pour en discuter, n'hésitez pas à me contacter. Je suis conscient que mon pavé peut paraître peu aimable envers certains aspects de l'événementiel, mais je fais en sorte d'être constructif, et d'essayer d'améliorer la situation, et ceux qui le veulent également seront les bienvenus pour échanger.
P.S : Dimanche 30 novembre, jour où je poste ce message, dans un périmètre d'environ 15 km autour de Dijon, on est actuellement à 81 jours de marchés artisanaux/de Noël pour la période du 30/11 au 04/01.