29/08/2025
Main dans la main, nous avons monté les escaliers. Et soudain, la pelouse impeccable, d’un vert presque fluorescent, les joueurs tels des dieux grecs. L’odeur du liniment, celle de la friture, les cris des vendeurs ambulants.
Nous nous sommes installés dans le Kop, le cœur battant. Des hommes ivres chancelaient, parlaient un langage cru que je n’avais jamais entendu. Serrés les uns contre les autres. Ils rugissaient, s’enlaçaient. Je ne voyais le match qu’en éclairs, à travers la forêt de bras et de corps. Mais je voyais aussi quelque chose de plus : mon père. Dans le football, je l’avais trouvé, enfin.
C’était dans la façon dont il tenait ma main, dont il regardait le match, libéré un instant de ses contraintes émotionnelles. Et aujourd’hui, avec mes deux fils, quand tout vacille, quand je cherche un refuge, je me tourne vers le football et les tensions se dissipent.
L’écrivain japonais Yukio Mishima croyait que l’amour entre deux personnes était trop fragile sans un troisième élément pour lui donner stabilité ; un triangle plutôt qu’une ligne droite. Pour lui, ce sommet c’était l’Empereur. Pour mon père et moi, c’était le football.