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02/10/2026

Catastrophe à Karnak
En ce 3 octobre 1899 au matin, un bruit assourdissant fait trembler Louqsor, retentissant jusqu'à la rive ouest. Onze colonnes de la salle hypostyle du grand temple d'Amon à Karnak viennent de s'effondrer, s'entraînant parfois mutuellement dans leur chute.
Voici les extraits du rapport rédigé par Georges Legrain, conservateur-dessinateur du Service des Antiquités, chargé par Jacques de Morgan, puis Victor Loret, d'effectuer les travaux de conservation de Karnak.
"Le 3 octobre 1899, vers 9 heures du matin, le surveillant Youssef Ahmed, qui était en tournée au mur d'enceinte est du temple, entendit un grand bruit semblable au tonnerre. Il courut aussitôt vers le temple et arriva assez à temps dans la salle hypostyle pour voir les colonnes 23 et 32 jetées le long du pylône de Ramsès. Le gafir Ahmed Suléiman, qui était au pied de l'obélisque de Thotmès, y était demeuré, apeuré et ne vint que quand le bruit fut éteint. Il entendit des chocs répétés et successifs."
Georges Legrain découvre un spectacle terrible, une vision apocalyptique de la plus belle partie du temple. On peut imaginer ce qu'il ressent alors qu'il diagnostique les dégâts. Dans "Rapports sur l’écroulement de onze colonnes dans la salle hypostyle du grand temple d’Amon à Karnak, le 3 octobre 1899", ses constatations sont édifiantes quant à la violence de l'événement. En voici un extrait : "La colonne n° 47 penchait vers l'est. Elle était reliée à la colonne 38 par deux lourdes pierres d'architraves qui ont suivi la colonne 38 dans sa chute vers l'ouest. Il a donc fallu pour cela qu'il y ait eu un arrachement violent, une poussée énorme capable de déplacer plus de 50,000 kilog. de pierre sur un point d'appui d'un mètre carré de surface environ. De fait, deux fragments se sont détachés d'un des deux blocs et demeurent encore sur le haut de la colonne 47 qui, elle, n'a nullement souffert de l'accident du 3 octobre 1899. Par contre les blocs de l'architrave ont été lancés contre la colonne 46 où ils se sont brisés. La colonne 46 penche depuis d'une façon inquiétante. (...) La colonne 44 reçut une architrave en plein corps. Les morceaux se sont disjoints, et la face sud-est est mutilée comme si un boulet de gros canon l'avait frappée. (...) La colonne 26 souffrit davantage. Frappée par la colonne 27 à la base de sa quatrième assise, elle céda, s'inclina. Chose plus grave encore, la deuxième et la troisième assise se fendirent, et un segment de plus du tiers de la superficie totale se détacha…"
Une commission d'enquête est constituée afin de rechercher les causes du désastre. Elle se réunit sur place le 18 octobre et commence ses investigations. "Après un examen d'ensemble des lieux où la catastrophe s'est produite, la Commission a réglé la marche de ses travaux de la manière suivante : 1 - Constatation des faits ; 2 - Recherche des causes qui ont déterminé la chute ou l'ébranlement des colonnes ; 3 - Étude des moyens de consolidation qu'il y a lieu d'adopter pour prévenir de nouveaux dommages et réédifier, si possible, les colonnes tombées ou inclinées."
Quant aux causes, elles peuvent être de plusieurs ordres : "M. Legrain, dans son rapport, après Mariette pacha et les égyptologues qui ont écrit sur Karnak, émet l'idée d'un nouveau tremblement de terre local. Nous devons dire que nous n'avons recueilli aucun renseignement qui puisse confirmer cette hypothèse." Mais il n'est nullement nécessaire de recourir à une cause étrangère pour justifier la chute des colonnes 29 et 38, dont les fondations sont dans un état de décomposition tel que toute défaillance de quelques moellons arrivés à leur terme de résistance suffisait parfaitement à amener un défaut de stabilité capable de produire le renversement. Ceci étant encore aggravé par ce fait que les fondations sont de dimensions plus faibles que les colonnes elles-mêmes.
Enfin le moment où cet accident s'est produit semble justifier cette hypothèse. Le lavage de la salle hypostyle venait d'être fait et les eaux s'étaient retirées plus rapidement que d'habitude, ainsi qu'il résulte du rapport de M. Legrain, sans doute par suite de la baisse rapide du Nil. Seules quelques mares d'eau étaient restées dans la salle, qui se sont épuisées d'elles-mêmes par infiltrations en quelques jours. Les fondations se vidant de leur trop plein d'eau, rien de plus logique qu'un tassement, dans ces conditions, se soit produit brusquement."
Des mesures drastiques de sauvetage et de consolidation sont alors adoptées car "la plupart des colonnes sont menacées, et ce que l'accident du 3 octobre a montré de leurs fondations doit donner la plus grande inquiétude pour l'avenir. Il faut absolument pouvoir visiter les fondations des colonnes et le plus souvent les réparer ou les refaire en totalité, si l'on veut être assuré de conserver la salle hypostyle encore quelques siècles." C'est ce à quoi Georges Legrain se consacrera pendant de longues années …
Dans son "Guide illustré de Louxor", Kent Weeks, nous rappelle les principales caractéristiques de cette salle hypostyle, la plus vaste au monde : "Elle mesure 103 m de large, 53 m de profondeur et couvre 3500 m2. Son plafond est supporté par 134 colonnes. Six colonnes à chapiteaux papyriformes ouverts placées de chaque côté de l'axe principal est-ouest se dressent à 23 m de haut. Elles mesurent 10 m de circonférence, sont faites de tambours de pierre de 1 m de haut et 2 m de diamètre. Parmi les 122 colonnes, quatre groupes sont distingués, deux de chaque côté des axes nord-sud et est-ouest de la salle. Sommées de chapiteaux papyriformes fermés, les colonnes mesurent 15 m de haut et 8,40 m de circonférence. La différence de hauteur entre les deux rangées centrales et les autres - une différence de 10 m environ - permit de placer des fenêtres à claustra le long de l'axe principal… Certaines de ses énormes grilles en grès sont encore en place".
Il en rappelle également sa "genèse" : "Cette vaste forêt de colonnes… devait symboliser un paysage prosaïque, un marécage de papyrus comme il en existait des milliers sur les rives du Nil. Chaque année, ces fourrés étaient inondés par la crue et la salle hypostyle fut construite de cette façon qu'elle fut légèrement inondée pendant la crue estivale du Nil…".
Quant à sa conception, au début de l'époque ramesside, il la restitue ainsi : "Apparemment conçue par Ramsès Ier, la salle hypostyle fut construite sous les règnes de ses successeurs, Séthi Ier et Ramsès II. Les cartouches de Séthi Ier apparaissent dans la partie nord de la salle, ceux de Ramsès II dans la partie sud… Il existe une nette différence de qualité d'exécution entre les deux moitiés de la salle : les artisans de Séthi Ier réalisèrent des reliefs délicatement gravés … Par contraste, le décor datant de Ramsès II fut réalisé à la hâte ; il s'agit de reliefs gravés avec peu de modelé ou de souci du détail…".
"Hypostyle" étant un qualificatif "grec", la question de sa dénomination "antique" a été posée à Christian Leblanc qui a accepté d'apporter ces précieuses précisions : "Le terme de iwnyt/iounyt ou encore ousekhet aât (en ancien égyptien) désigne une 'salle à colonnes'/salle hypostyle. La salle hypostyle de Karnak porte le nom de : 'Temple (nommé) 'Lumineux est Séthy-Merenptah dans le domaine d'Amon' (Séthy Ier). On notera que dans Karnak, l'Akh-menou de Thoutmosis III, la chapelle-reposoir de Séthy II (dans la première cour) ou encore le temple de Ramsès III dans l'enceinte de Mout, sont tous désignés pour être des 'temples de millions d'années'. Ce qui semble avoir été aussi le cas de la grande salle hypostyle entre les IIe et IIIe pylônes. La ouadjyt de Karnak est également une salle à colonnes, mais doit son nom aux chapiteaux qui épousaient la forme d'ombelles de papyrus (plante-ouadj). Ouadjyt est donc une salle à colonnes papyriformes".
Dans le cadre de l'inauguration de l'Allée des Sphinx reliant Louqsor à Karnak (25 novembre 2021), la salle hypostyle a fait l'objet, d'un important programme de restauration. Par le retrait du sable et de la poussière, par des procédés appropriés, il a notamment permis de faire réapparaître les reliefs et couleurs d'origine lui restituant ainsi, dès 2024, son faste d'antan…
marie grillot

illustration : "Egypte, Karnak, salle hypostyle", Lucien Bourgogne, 1899

sources de l'article et illustrations complémentaires sur egyptophile
https://egyptophile.blogspot.com/2014/10/catastrophe-karnak.html

Bonjour les amis la boutique en ligne Artisanat d'Egypte est actuellement en "travaux de modernisation", dans quelques s...
22/05/2026

Bonjour les amis

la boutique en ligne Artisanat d'Egypte est actuellement en "travaux de modernisation",

dans quelques semaines, nous vous proposerons un nouveau site :

- avec une nouvelle boutique avec plein de nouvelles fonctionnalités

- avec un forum d'infos et de photos sur l'Egypte.

Nous sommes désolé du désagrément.

Nous vous informerons de notre retour en ligne et vous présenterons les améliorations.

Nous espérons vous retrouver alors sur le nouveau site.

Cordialement,

Laurent

Artisanat d'Egypte

28/01/2026

La photo du jour (par marie grillot) : Corselet agrémenté d'un collier et d'un pectoral - or, pierres semi-précieuses, verre - XVIIIe dynastie - provenant de la tombe de Toutankhamon, découverte dans la Vallée des Rois (KV 62) en novembre 1922 par Lord Carnarvon et Howard Carter - inv. Carter 54k - JE 62627 (exposé au GEM depuis le 1er novembre 2025)

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