13/06/2026
Comme une envie de vous partager ce texte de La gazette de la faune sauvage pour accompagner mon oeuvre đȘŒ
Ă LIRE JUSQUâAU BOUT - Merci đ
« Les escrolos vont encore gu**ler mais j'assume : mort aux méduses.
VoilĂ , c'est dit.
Dans l'ordre des choses que je déteste, il y a les terroristes, les moustiques, les influenceurs LinkedIn qui écrivent "chief happiness officer, je t'apprends à booster ton potentiel happiness pour optimiser les sprints de brainstorming. On se fait un call asap?" et les méduses.
Dans cet ordre.
Enfin non.
Les méduses avant les terroristes, parce que les terroristes ont un projet, tandis que les méduses se contentent de flotter comme des grosses feignasses.
J'ai toujours trouvé ça suspect, un animal qui passe sa journée à faire du parapente aquatique à l'envers.
Chez moi on respecte les valeurs du travail et de l'effort. On n'encourage pas les branleurs.
Et lorsque je vais à la plage, je me baigne comme un homme : je marche droit, la silhouette roide, je bois accidentellement trois litres d'eau de mer, je me fais mal sur un caillou et je rentre fier, comme si j'avais eu le dessus sur les éléments
Parce que y'a mon bébé qui me regarde. Et quand il dit GNà (il est HPI), je sens son jugement.
Bref. Je suis un vrai bonhomme.
Pas comme ces assistées de méduses.
Ni squelette ni ambition, seulement de la gélatine.
De la gélatine...
De la gélatine, bo**el !
Alors quoi, suffit que les flans pùtissiers se mettent à dériver dans l'océan pour qu'on leur accorde le statut d'animal ?! La France va mal, je vous le dis, la France va mal ! C'était mieux avant !
Bref.
Un été, j'arrivai sur la plage.
Le drapeau violet flottait.
Je savais ce que ça voulait dire : c'était mon moment. J'allais montrer à mon bébé ce que c'était qu'un vrai bonhomme !
COMBAT, MOTHER FU**ER
Je retirai mon tee-shirt.
Puis mon marcel.
Puis ma ceinture abdominale (j'ai du bide et je l'assume pas).
Puis mon pantalon.
Puis mon short.
Puis mon caleçon.
Puis mon string léopard.
Au bout d'un quart d'heure, j'étais entiÚrement nu.
"Attention aux méduses", dit le maßtre-nageur.
Je lui mis une grande baffe dans sa gu**le de maĂźtre-nageur Ă la con.
"J'ai fait mes propres recherches. Les mĂ©duses ne piquent pas, non plus qu'aucun autre animal. Tout cela n'est qu'un complot orchestrĂ© par les reptiliens pour nous empĂȘcher de nous baigner."
J'avais regardé deux vidéos de quinze secondes sur TikTok, autant dire que j'étais un pu**in d'océanographe.
Je pénétrai dans l'eau.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !
Je ressortis de l'eau assorti d'une douleur intolérable.
Une vieille dame me regarda.
"Une méduse."
Oh ta gu**le la vieille !
Je l'enterrai dans le sable.
Puis je grimpai sur mon bébé qui me ramena à la maison.
Les jours suivants, je développai une obsession : je voulais comprendre l'ennemi.
Je commençai donc à observer les méduses.
Erreur.
Quand on commence Ă vouloir comprendre un truc, on risque de devenir moins con.
C'est un engrenage terrible.
J'appris qu'elles existaient depuis plus de six cents millions d'années.
Six cents.
Millions.
D'années.
Je trouvai ça extrĂȘmement vexant.
J'appris aussi qu'elles n'avaient pas besoin de cerveau.
Ce qui me fit immédiatement penser à plusieurs chroniqueurs télé. Aller, un en particulier. Dans le milieu, on l'appelait pépé, en référence à ses initiales.
Puis j'appris qu'elles nourrissaient des tortues.
Que des poissons s'abritaient parmi leurs tentacules.
Que leurs populations racontaient parfois l'état des océans.
Bref.
Elles faisaient des trucs.
Bon, des trucs de mĂ©duses. Mais des trucs quand mĂȘme. Elles n'Ă©taient donc pas que des flans pĂątissiers.
Je décidai alors d'aller voir un aquarium.
Mon fils m'accompagnait.
Il est HPI.
Je ne sais plus si je l'ai déjà dit.
Lui non plus ne sait plus.
On en parle toutes les dix minutes pour ĂȘtre sĂ»rs.
Nous arrivĂąmes devant un immense bassin.
Des méduses dérivaient lentement. Au début, comme elles bougeaient peu, j'ai cru qu'elles faisaient une visio sur Teams.
Mon fils resta silencieux.
Moi aussi.
Puis il dit :
"Elles sont belles."
(Il a 9 mois mais il est HPI alors il parle)
Je voulus répondre quelque chose de viril.
Un truc du genre :
"Oui mais elles ne paient pas d'impĂŽts."
Mais je n'y arrivai pas, parce qu'il avait raison, le petit : elles étaient belles.
Je choisis alors la mauvaise foi.
"Ăa sert Ă rien."
Mon fils soupira.
Le soupir d'un enfant qui réalise que son pÚre est parfois un peu limité intellectuellement.
"Papa."
"Quoi ?"
"Toi, tu sers Ă quoi ?"
Je réfléchis.
Longtemps.
TrĂšs longtemps.
Tellement longtemps que mon cerveau dégagea une chaleur gigantesque et il se trouve qu'un ingénieur en électricité passait par là et il vit dans la chaleur que je dégageai une opportunité formidable d'alimenter des turbines pour produire une électricité vertueuse alors il me paya trÚs cher pour passer ma vie à manger et résoudre des problÚmes complexes du genre j'ai trois billes dans ma poche j'en retire une combien en reste-t-il et en fait ça a pas l'air comme ça mais c'est une question super dure qui fait tourner les turbines trÚs trÚs vite donc comme ça je produis beaucoup d'électricité et c'est cool tu vois parce que du coup on n'a plus besoin ni de nucléaire ni de charbons en fait faudrait prendre tous les imbéciles des réseaux comme moi et les faire réfléchir et on résoudrait beaucoup de problÚmes dans le monde.
Pfff vous me fatiguez chers membres.
Bref.
Aujourd'hui encore, je me fais piquer de temps en temps.
Je continue de les insulter.
Par principe.
Et puis parce que j'ai le syndrome de la Tourette.
Mais avec respect.
Parce que j'ai compris quelque chose d'important.
Les méduses ne sont pas des parasites inutiles.
Les parasites inutiles écrivent des commentaires Facebook sous les articles scientifiques. »