11/09/2026
# Bordélique
On m'a redit récemment que je suis bordélique.
J'ai trouvé ça assez vexant, à vrai dire. Pas parce que c'est faux, mais parce que c'est une étiquette plutôt négative qu'on pose sur les gens. Un jugement de valeur.
Alors j'ai eu envie aujourd'hui de parler des « bordéliques », à travers l'expérience que j'en ai.
Personnellement, ce que les gens appellent le bo**el ne me dérange pas. C'est une maison vivante, où la priorité n'est pas de tout faire reluire ou de tout ranger à sa place, mais de vivre, tout simplement.
Ça ne veut pas dire que le ménage n'est jamais fait, ni qu'on vit dans la crasse. Ça veut simplement dire qu'on est vivants.
De plus, les personnes dites bordéliques sont souvent des personnes qui passent beaucoup de temps à naviguer dans un chaos qui s'organise d'une façon différente de la norme. Beaucoup sont atypiques, fonctionnent différemment et passent déjà une grande partie de leur temps à s'adapter à un ordre établi, relationnel et social, qui leur demande parfois un effort considérable.
Alors, quand elles retrouvent leur petit chaos personnel, leur façon bien à elles de laisser vivre les choses et de ne pas se prendre la tête avec l'ordre qu'elles subissent déjà à l'extérieur, ça peut faire du bien.
Peut-être qu'inconsciemment, c'est même une forme de rébellion contre l'ordre établi.
D'ailleurs, ce que vous appelez « bo**el », c'est parfois pour nous un chaos organisé.
C'est notre façon de percevoir la vie.
Si je décide de mettre une cuillère en bois dans ma chambre, c'est que j'ai probablement une bonne raison de le faire.
Peut-être qu'elle me sert de chausse-pieds.
Parce que dans ma réalité, un objet ne sert pas uniquement à la place qu'on lui a attribuée. Il peut servir à tout ce qu'il est capable de faire.
Mon jardin est « bordélique » aussi.
Je ne tonds pas la pelouse chaque semaine. Je laisse pousser les orties et les pissenlits. Il y a des bosses et des trous.
Je pourrais faire aplanir tout ça, demander à un jardinier de remettre le jardin en ordre. Mais quand je vois toute la vie qui s'y développe, j'ai plutôt envie de la contempler que de la ratiboiser.
Mon lapin se régale de tout cet étal de possibilités gustatives.
Mon chat adore se cacher dans les herbes hautes pour jouer avec les sauterelles.
Et en période de canicule, cette végétation permet aussi au sol de mettre plus de temps à se dessécher complètement.
Je n'écris pas ce texte pour me justifier. Que ce soit clair.
Ceux qui m'aiment dans mon chaos le respectent. Ceux qui ne le supportent pas n'entrent pas.
C'est aussi simple que ça.
Non, si j'ai eu envie d'écrire ce texte, c'est parce qu'il y a un grand nombre de « bordéliques » comme moi qui culpabilisent, comme j'ai pu culpabiliser pendant des années, de cet état de fait.
Et j'aimerais simplement qu'on puisse s'alléger de cette culpabilité.
Accepter notre maison « bordélique » avec amour.
Ne plus se soucier uniquement de ce qu'elle devrait être, mais regarder comment, nous, nous nous sentons dedans.
Parce qu'il y a également un parallèle entre notre maison et notre façon de penser.
Naviguer dans le chaos, c'est un art de la pensée.
Tout comme construire l'ordre en est un.
Personnellement, une pensée carrée et parfaitement rangée m'ennuie fortement. J'aime l'extravagance, l'originalité, le côté décalé qui nous fait sortir du tout bien rangé.
Mais j'ai aussi besoin, de temps à autre, de savoir organiser ma pensée pour que le chaos prenne une forme utile.
C'est une question d'équilibre, de choix, de ressenti personnel.
Et puis il y a quelque chose d'assez magique qui se produit lorsqu'on se débarrasse de cette étiquette de « bordélique » et qu'on commence à accepter notre intériorité telle qu'elle est.
Une fois les injonctions sociétales levées, une fois qu'on arrête de regarder l'ordre établi comme la seule norme à suivre, on peut enfin découvrir quelque chose d'essentiel :
nous sommes peut-être des êtres de chaos qui avons simplement besoin d'apprendre notre propre organisation.
Lorsqu'on arrête de culpabiliser de ne pas être celui ou celle que la société nous demande d'être, on arrive enfin à trouver notre propre façon de mettre de l'ordre.
Une façon plus légère.
Plus vivante.
Plus adaptée à qui nous sommes.
Allégés du poids de la culpabilité, on retrouve alors l'envie de pratiquer notre art à notre façon.
Notre art de ranger.
Notre art de penser.
Notre art de vivre.
Indépendamment de ce qui est considéré comme « normal ».
Alors, mes amis « bordéliques », amis du chaos créateur, restez tels que vous êtes.
Dès l'instant que vous vous y plaisez, vous.
**elique