31/07/2026
"J'ai décidé d'arrêter" : des créateurs tirent la sonnette d'alarme sur les marchés nocturnes dans le Var
Une créatrice provençale dénonce la multiplication des marchés nocturnes et la présence croissante de revendeurs. Dans le Var aussi, plusieurs artisans partagent ce constat.
Par Léa Nicosia (Actu Toulon)
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Les marchés nocturnes sont devenus un rendez-vous incontournable de l’été en Provence. Chaque soir ou presque, touristes et habitants s’y promènent à la recherche d’un souvenir ou d’un cadeau. Mais derrière cette image conviviale, certains créateurs disent aujourd’hui ne plus réussir à vivre de ces événements.
À l’origine du débat, un message publié sur Instagram par Amandine, créatrice de la marque Le Clouvet des Lucioles, installée à Marseille. Son coup de gu**le, largement relayé sur les réseaux sociaux, a trouvé un écho bien au-delà des Bouches-du-Rhône, jusque dans le Var.
« Là, trop c’est trop. Il faut qu’on en parle, parce que la situation devient invivable pour les vrais créateurs », écrit-elle.
« Avant j’en vendais 20, aujourd’hui j’en vends trois »
Depuis six ans, Amandine fabrique entièrement à la main de petites lampes décoratives en bois et en papier. Chaque pièce lui demande entre une heure trente et deux heures de travail. « Je vends un produit coup de cœur », explique-t-elle. Mais les ventes, malheureusement, ne suivent plus.
« Avant, sur un marché comme celui de Trets, je vendais facilement une vingtaine de lampes dans la soirée. Aujourd’hui, j’en vends trois. » Pour elle, la raison est simple : les marchés se sont multipliés. « Si les gens achètent un soir, ils ne peuvent pas acheter tous les soirs. Aujourd’hui il y a des marchés partout. Les visiteurs viennent surtout pour se promener, manger une glace et repartir. »
« On ne peut pas rivaliser »
Autre difficulté selon elle : la présence grandissante de stands proposant des produits importés. « Je sais bien qu’un marché nocturne n’est pas forcément un marché de créateurs. Mais lorsqu’on nous installe à côté de vendeurs qui font uniquement de la revente de produits importés, on ne peut pas rivaliser. » Ses lampes sont vendues à partir de 39 euros.
« Beaucoup trouvent cela joli, mais certains trouvent encore que c’est trop cher. Les gens ne se rendent pas toujours compte du temps de fabrication. On ne compte même pas nos heures dans nos prix. »
« Entre les frais de déplacement, l'essence, le stationnement et le prix de l'emplacement, le calcul devient vite difficile. Quand on rentre chez soi à deux heures du matin pour avoir fait 20 ou 50 euros de chiffre d'affaires, cela ne vaut plus le coup. »
— Amandine, créatrice de la marque Le Clouvet des Lucioles
« On nous demande d’être présents tous les soirs »
Selon elle, certaines communes imposent également aux exposants de participer à toute la semaine pour conserver leur emplacement. « On est parfois obligés d’être présents du lundi au dimanche alors que seuls les week-ends fonctionnent vraiment. On a l’impression d’être là pour faire l’animation. » Résultat : cette année, elle a pris une décision radicale : « J’ai arrêté. Je ne fais plus que trois marchés dans l’été. »
Plusieurs artisans partagent ce constat
Plusieurs créateurs varois racontent vivre la même situation. L’un d’eux, qui préfère garder l’anonymat, estime que les marchés ont perdu leur vocation première : « Au départ, ils étaient faits pour mettre en avant l’artisanat. Aujourd’hui, on met surtout en avant l’achat revente. Nous, créateurs, on s’épuise pour gagner de moins en moins, alors forcément, on se démotive. »
Un autre explique avoir annulé plusieurs dates après avoir réalisé seulement quelques euros de ventes lors d’une soirée, tout en dénonçant la présence de revendeurs de produits issus de plateformes chinoises.
Les clients aussi s’interrogent
Les réactions ne viennent pas uniquement des artisans. Plusieurs internautes estiment eux aussi qu’il devient difficile de distinguer les véritables créateurs des simples revendeurs. « Aujourd’hui, beaucoup de stands se ressemblent. On ne sait plus à qui faire confiance », écrit une cliente.
Une autre ajoute : « Les gens n’ont plus forcément les moyens d’acheter du fait main et se tournent vers des produits moins chers. Mais les marchés devraient réserver une vraie place aux artisans locaux plutôt qu’à la revente. »
Même constat pour une habituée des marchés de Sanary-sur-Mer : « Certains créent réellement leurs produits, d’autres vendent simplement des articles achetés sur des plateformes chinoises. »
Un équilibre à retrouver ?
Pour Amandine, la solution ne serait pas de supprimer les marchés nocturnes, mais de les rendre plus qualitatifs. « Je pense qu’il faudrait en organiser moins, mais mieux. Si un village n’avait qu’un seul grand marché de créateurs, les visiteurs joueraient davantage le jeu et les artisans pourraient enfin vivre de leur travail. »
Aujourd’hui, elle préfère consacrer son temps aux salons spécialisés et aux conventions, où elle retrouve un public sensible au travail artisanal.
Une créatrice provençale dénonce la multiplication des marchés nocturnes et la présence croissante de revendeurs. Dans le Var aussi, plusieurs artisans partagent ce constat.