02/09/2026
Il y a un peu de lecture aujourd’hui.
Mais ce sujet me tient vraiment à cœur, parce que je trouve qu’à force de tout lisser, tout générer et tout automatiser, on finit par décrédibiliser notre métier et par donner artificiellement du mérite à du travail qui, parfois, n’a tout simplement pas été fait.
Je vais sûrement en froisser quelques-uns, mais tant p*s.
Il y a une tendance que je vois de plus en plus dans l’artisanat et que je trouve franchement nulle : prendre une vraie création, faire une photo à l’arrache, puis demander à une IA de lui fabriquer un décor ultra propre, ultra parfait, ultra vendeur… qui n’a jamais existé.
Personnellement, je trouve ça irréel, paresseux et surtout pas représentatif du produit réellement vendu.
Et les photos de ce post sont justement là pour illustrer mon propos.
On m’a répondu récemment dans un groupe :
« Tout le monde ne possède pas de studio photo. »
Mais sérieusement… vous croyez vraiment qu’un studio photo coûte 3 000 € ?
Mon incroyable studio professionnel est visible directement sur l’une des photos.
Une feuille Canson A0 à environ 1,50 €.
Deux panneaux LED pas chers.
Un trépied quand j’en ai besoin.
Et cet incroyable appareil que presque tout le monde possède déjà et qui, paraît-il, sert aussi à téléphoner : un smartphone.
Bingo.
Toutes les autres photos que vous voyez ici sont faites comme ça.
Pas d’IA.
Pas de faux décor.
Pas de produit recréé.
Pas de matière artificiellement lissée.
Pas de finition inventée.
Ce que vous voyez, c’est ce que j’ai fabriqué.
Point.
Alors oui, ça demande un peu plus d’effort que d’écrire :
« Fais-moi un joli décor et mets mon objet en valeur. »
Il faut régler ses lumières.
Chercher un angle.
Déplacer l’objet.
Rater une photo.
Recommencer.
Apprendre.
Mais justement.
Pour moi, c’est aussi ça être artisan : être curieux, chercher, tester, apprendre et faire l’effort de montrer réellement ce que l’on fabrique.
On a Internet depuis des décennies. Des tutoriels gratuits pour apprendre à éclairer et photographier un objet, il y en a des milliers.
Alors l’excuse du « je n’ai pas de studio photo », désolé, mais je n’y crois pas.
Et c’est là que ma frustration commence vraiment.
Parce que pendant que certains, comme moi, se font c***r à prendre de vraies photos, régler leurs lumières, travailler leur cadrage et essayer d’obtenir quelque chose de beau MAIS fidèle au produit réel…
quelqu’un d’autre peut prendre une photo médiocre, taper trois lignes dans une IA et sortir quelques secondes plus t**d une image digne d’un catalogue.
Visuellement, il paraît parfois plus « professionnel ».
Sauf que son décor n’existe pas.
Et parfois, son produit non plus n’existe plus vraiment tel qu’il apparaît sur l’image.
Parce que l’IA ne se contente pas forcément de changer l’arrière-plan.
Elle lisse.
Elle corrige.
Elle embellit.
Elle modifie les lumières.
Elle améliore les matières.
Elle change parfois des proportions ou certains détails.
J’ai justement mis un exemple dans les photos de ce post avec mes supports de consoles : une version mise en scène par IA, puis les vraies photos.
La version IA est plus spectaculaire ?
Évidemment.
Mais ce n’est plus exactement ce que j’ai fabriqué.
Et là, pour moi, on franchit une limite.
Parce qu’un client doit pouvoir regarder une photo et savoir ce qu’il achète.
Chez moi, il n’y a pas de triche.
Si une tranche de bois est légèrement plus foncée, vous la voyez.
Si le veinage change, vous le voyez.
Si mon objet est photographié devant un fond blanc, c’est qu’il était réellement devant ce fond blanc.
Si je crée une ambiance avec une lumière chaude, cette lumière était réellement là.
Je préfère largement montrer quelque chose d’un peu moins « parfait » plutôt que de vendre une perfection qui n’existe pas.
Et il y a encore autre chose qui me rend fou : les visuels entièrement générés par IA, récupérés tels quels, envoyés dans la machine, gravés sur du bois, de l’ardoise ou autre… puis présentés comme une « création artisanale ».
Et oui, j’inclus aussi certaines gravures photo dans cette réflexion.
Préparer correctement une photo pour qu’elle soit gravable, régler les contrastes, les niveaux, le tramage, la vitesse, la puissance, adapter le tout à la matière et connaître sa machine : ça, c’est du savoir-faire technique.
Mais il faut arrêter de confondre savoir-faire technique et création.
Prendre une photo existante, la passer dans un logiciel ou une IA pour la rendre gravable, puis lancer la machine ne fait pas de vous le créateur de cette image.
Vous l’avez préparée pour la gravure.
Vous ne l’avez pas créée.
Et pour moi, la différence est énorme.
Une création implique une réflexion, une conception, un dessin, une composition, des choix, des essais… quelque chose qui vient réellement de la personne derrière la machine.
Sinon :
Générer.
Retoucher.
Importer.
Appuyer sur Start.
Personnellement, j’appelle ça du presse-bouton.
Et oui, la formule est volontairement piquante.
Parce qu’à un moment, si on ne conçoit plus, si on ne dessine plus, si on ne réfléchit plus au visuel, si on ne travaille même plus sa présentation…
qu’est-ce qu’on revend exactement comme savoir-faire ?
Je travaille moi-même avec des machines numériques.
Je serais donc très mal placé pour être contre la technologie ou contre l’IA.
Je l’utilise pour reformuler, m’aider dans la gestion de certains fic***rs ou gagner du temps sur certaines tâches.
Mais elle reste un OUTIL.
Comme mon laser est un outil.
Un outil ne remplace ni la réflexion, ni la curiosité, ni l’expérience, ni le savoir-faire de celui qui l’utilise.
Et c’est surtout ça que je veux que les personnes qui suivent mon travail comprennent.
Quand je vous montre quelque chose, c’est mon travail.
Ce sont mes photos.
Mes créations.
Mes essais.
Mes réussites.
Et parfois mes petites imperfections aussi.
Je préfère être moins spectaculaire mais crédible.
Parce qu’à force de tout générer, tout lisser, tout embellir et tout automatiser, on va finir droit dans le mur.
Des artisans qui passent des heures à concevoir, fabriquer, tester, photographier et présenter réellement leur travail vont finir noyés sous une masse de publications IA produites en quelques secondes.
Plus rapides à produire.
Plus faciles à multiplier.
Plus spectaculaires.
Et donc forcément plus présentes sur nos écrans.
Jusqu’au jour où un vrai travail artisanal semblera presque moins impressionnant simplement parce qu’il est… réel.
Et là, on aura créé quelque chose d’assez absurde : celui qui aura réellement travaillé pourra paraître moins crédible que celui qui aura surtout su générer une belle image.
Et ça, franchement, ça me gonfle.
Parce que si demain il faut fabriquer du faux pour réussir à faire remarquer du vrai, on aura complètement perdu le sens de ce qu’est l’artisanat.
La curiosité, la recherche, la conception, les essais, les erreurs et le savoir-faire font partie du métier.
Appuyer sur un bouton, non.
Une belle image ne devrait jamais avoir plus de valeur que le travail qu’il y a réellement derrière.
Voilà ma vision de mon métier.
Et surtout, voilà pourquoi, chez moi, ce que vous voyez est ce que vous aurez réellement.
Et vous, vous en pensez quoi ?