05/12/2025
Voilà 20 ans, c'est le grand beau, 40°C, et la tour Auguste Perret qui nous accueillent pour démarrer les repérages dans la belle ville d'Amiens.
L'exploration commence. Yeux grands ouverts, nuancier en main et appareil photo en bandoulière...
Une expérience neuve et fondatrice nous attend.
Nous ne sommes pas novices sur le terrain des coloristes mais nous faisons nos premières armes sur un sujet complexe, technique et patrimonial : la couleur et le ravalement des amiénoises, les maisons du quartier Saint-Leu. Ce qui requiert en plus de l'expertise de la couleur les compétences d'un Architecte en Chef des Monuments Historiques. Et c'est Vincent Brunelle, ACMH, qui nous accompagnera, nous aidera à décrypter les mises en œuvre, les savoir-faire, depuis la cuisson de la brique, le nom des appareillages, les façons de jointoyer, et in fine nous apprendra la manière de regarder une façade.
C'est aussi lui qui nous fait découvrir l'archéologie de la couleur par les techniques de laboratoire (L.E.M.) depuis le carottage en passant par les stratigraphies à la recherche des premiers témoins chromatiques sur des spécimens bâtis qui ont traversé les siècles, pour tenter d'identifier les premières couleurs des maisons à pans de bois et celles des maisons de faubourgs entre 1870 et 1930.
Nous épluchons les archives, scrutons les tableaux, les cartes postales anciennes pour collecter les plus infimes informations sur le traitement coloré des façades. Nous étudions les livres de teintures pour savoir de quelles couleurs était l'eau des canaux au moyen-âge.
Si bien que nous rentrons dans l'intimité de la ville comme des passe-murailles.
Nous saisissons ce qui se joue dans ses grandes enfilades de petites maisons ouvrières rouge-bruni qui se tiennent chaud, ces façades pignons multicolores poussées au bord des canaux, ces maisons opulentes qui s'égayent d'un raffinement de couleurs et d’une résille blanche si élégante.
Nous saisissons tout ... mais pour quoi faire au juste ?
Pour revaloriser un patrimoine endormi et qui s'ignore, que la couleur réveillera. Non, ce n'est pas l'histoire du prince charmant. C'est l'histoire de la couleur qui fait sens, qui fait récit, qui lie, réconcilie et restaure. Donne à voir ce qui n'était plus vu. Et démontre l'unicité d'un lieu par son histoire, son développement et ses pratiques habitantes. C'est cela une charte chromatique. Alors, bravo la couleur.
Une certaine fierté nous habite depuis, d'avoir eu ce privilège de regarder longuement Amiens et d'en avoir dressé un portrait de coloriste qui exprime ainsi toute l'humanité et l'épaisseur complexe de son paysage urbain unique.
Merci Amiens !