En reconversion professionnelle après une vingtaine d’années d’engagement dans le secteur social et médico-social, j’ai re-découvert la céramique en 2011. J’y suis retournée par la porte du raku, ce qui m’a permis de travailler le lâcher-prise, d’accueillir chaque surprise qu’offre le choc thermique de l’émaillage raku. Installée dans un petit atelier de Villenave d’Ornon, j’avance pas à pas, de p
etite joie en grand bonheur, dans cet interminable face-à-face avec la matière, à la rencontre des éléments. La céramique raku éveille chaque sens. Le contact peau à peau avec la terre, le visuel des couleurs, le chant des craquelures, l’odeur du feu venu lécher les pièces dans la cantine pleine de sciure, et les créations qui continuent à chanter lorsqu’elles prennent leur dernier bain… chaque étape de la création me met les sens en émoi. C’est ce que j’aime partager quand je reçois du monde à l’atelier. J’aime les moments de partage avec les autres, j’aime contribuer au tricotage des liens. Alors je commence toujours par faire un bol, une tasse, prévoir de quoi boire une boisson chaude réconfortante avec cet entourage que j’imagine pour ceux qui boiront dans ces petits bols. J’aime imprimer mes pièces des dentelles de nos grands-mères, y laisser une trace de ce passé recomposé, et les mettre en valeur avec la couleur et les fêlures du raku. J’aime les voyages et la rencontre de l’autre si éloigné, et pourtant tellement proche. Née à Dakar, j’ai eu la chance de retourner enfin l’an passé sur mes terres natales, retrouver les quelques pièces manquantes au puzzle. J’ai besoin que mes statuettes vous racontent des histoires. L’élégante dakaroise en boubou qui file à la noce, la casamançaise qui part chercher de l’eau au puits, son bébé sur le dos, l’indienne qui prie ou qui danse dans son joli sari, la chanteuse de fado de Lisbonne, l’esclave noir-américain qui attend sur sa botte de foin…
J’aime observer les merveilles que la nature nous offre, et tenter de les faire rejaillir entre mes mains, rechercher la juste couleur, observer les moindres détails, reproduire la fleur du cerisier mi-avril, la cosse du petit-pois tout juste sorti du potager, le coquelicot aperçu dans les fossés sur la route des vacances, les oiseaux qui enchantent nos jardins, et bientôt tous ces petits insectes qui viennent chatouiller la nature…